Les Prophéties du Désert : Peace Warriors

Peace Warriors Numéros de 10 à 12

Commander Peace Warriors ?

Numéros 19 à 21

Numéros 16 à 18

Numéros 13 à 15

Numéros 10 à 12

Numéros 7 à 9

Numéros 4 à 6

Numéros 1 à 3

Numéro 10 (Janvier 1999) Epuisé

Erik M
Après diverses tentatives de créations de groupe, Erik M quitte l'est de la France, dont il est originaire, pour rejoindre comme guitariste le groupe noise-industriel Kill The Thrill à Marseille, une rencontre importante, au départ plus humaine que musicale. Le choix d'expérimenter à partir de platines l'amène, au hasard des rencontres, à travailler aux côtés de Otomo Yoshihide, Christian Marclay, Tom Cora, Catherine Jauniaux, Sachiko Matsubara, Lucia Reccio, l'ARFI, David Grubbs, Jim O'Rourke... Aujourd'hui, on peut l'entendre en solo ou au sein d'un trio explosif composé de Jean-Marc Montera et Michel Doneda pour une musique riche, écorchée, mouvementée et très contrastée.

Kreidler
C'est à Düsseldorf, dont ils sont originaires, que les ex-Deux Baleines Blanches, Thomas Klein, Stefan Schneider et Andreas Reihse ont fait la connaissance du quatrième : Detlef Weinrich lors d'une performance musicale dans une école d'art et ont décidé de former le groupe Kreidler. L'été 1994 a officialisé le groupe avec l'enregistrement de "Riva" sorti sur le label parisien A Contresens. On pourrait définir leur musique comme un savant mélange de musiques électroniques et de pop. Souvent comparés à la scène krautrock, ils sont certainement les humbles descendants des groupes allemands des années quatre-vingts comme : Neu, Kraftwerk et Cluster. Depuis l'album ''Weekend'', ils imposent un style personnel riche de mélodies dont les basses ronronnantes, les batteries souples et subtiles se fondent autour de samples et de sons de synthétiseurs hypnotiques.

Luc Ferrari
Issu du Groupe de musique concrète et un temps collaborateur de Pierre Schaeffer, Luc Ferrari est un artisan du son, un manipulateur en diable qui a progressivement lâché l'orthodoxie selon laquelle les bruits réels étaient une matière première à transformer. Cette matière est devenue pour lui primordiale à la fois comme source d'inspiration et comme citation brute (bribes de conversations par exemple). Faussaire attentif, Luc Ferrari agence les sons surgis dans sa tête et les bruits venus à ses oreilles pour dire ce qu'est la vie. Aujourd'hui, des musiciens et compositeurs d'une génération plus proche, s'y intéressent : John Zorn par exemple, lui a confié un album sur son label Tzadik et David Grubbs s'apprête à ressortir deux grandes pièces instrumentales "Interrupteur" de 1967 et "Tautologos 3" de 1970 sur son label Blue Chopsticks.

Bruno Meillier
Dès le début des années quatre-vingts, Bruno Meillier tout comme Ferdinand Richard et Guigou Chenevier est un relais issu d'une scène rock française composée d'une pléiade de groupes plutôt contestataires dans les années soixante-dix, qui avaient comme direction musicale un profond désir d'imposer l'improvisation collective dans le rock. Ceci a donné vie à de nombreux groupes dont les I, Etron Fou Leloublan, Bruniferd avec Ferdinand Richard, la formation Zero Pop fondée avec le guitariste Mark Howell en 1986 à New-York avec entre autres Ikue Mori et Jim Meneses... Bruno Meillier est aussi et surtout l'homme des rencontres, il organise régulièrement des concerts dans sa région "ToTo N'aime pas la soupe" et un festival, celui des Musiques Innovatrices qu'il crée en 1987 à Saint-Etienne.

30 ans d'agitation musicale en France
"30 years of musical insurrection in France" est un savoureux coffret, témoignage sociologique d'une effervescente scène musicale engagée dans le rock au sens brut du terme. Ce travail d'investigation sérieux dans les archives du rock en France de ces trente dernières années a donné forme à une minutieuse sélection. Gilles Yéprémian du label Spalax a délibérément choisi de regrouper ces choix en trois albums respectifs, équivalant à trois périodes : "1969 / 77", "1977 / 90" et "1991 / 97". La sélection est peut-être sévère, comme à l'accoutumée dans ce genre de projet - il est toujours difficile d'en établir les limites sans exclusion ni oubli - mais celle-ci est légitime, elle regroupe cinquante groupes ou artistes en trente ans, un travail conséquent.

Ganger
Tout comme leurs compatriotes Long Fin Killie et Vrusei Yatsura, Ganger vient de Glasgow, cette ville des Lowlands où le rock ''underground'' a toujours semblé vouloir s'imposer. Distillant au départ une sorte de rock-jazz improvisé où se greffaient trompettes et clarinettes, Ganger est au parfait croisement de Tortoise et de UI. Aujourd'hui, le groupe a subi quelques changements de personnel, a gagné en maturité et a sorti son premier album ''Hammock style'' sur le label Domino.



Numéro 11 (Avril 1999) 7 exemplaires restants

Ulrichsberger Kaleidophon (interview de Servus Lois, programmateur du festival)
Le club Jazzatelier a été créé en 1973 par trois jeunes étudiants d'une ville autrichienne nommée Ulrichsberg. Au départ, le lieu ressemblait plus à un local de jeunes, mais assez rapidement, cet endroit s'est métamorphosé en un club de blues et de jazz. Par la suite, l'intérêt que le public a porté à ces musiques s'est accru au point de s'étendre aujourd'hui aux musiques improvisées et contemporaines. Depuis 1986, Jazzatelier possède une salle de concert dans la ville et y programme chaque année, lors du festival international Ulrichsberger Kaleidophon, une dizaine de concerts.

Metamkine
Jérôme Noetinger dirige le label de musique concrète Metamkine et s'occupe d'un catalogue de vente par correspondance spécialisé dans les musiques électroacoustiques et improvisées. Il est à la fois membre du comité de rédaction du magazine trimestriel Revue " Corrigée et de l'équipe du "102", rue d'Alembert à Grenoble de 1989 à 1998. Par ailleurs, il compose des musiques concrètes en studio, travaille sur scène avec un dispositif électroacoustique regroupant magnétophones à bande, table de mixage, synthétiseurs analogiques, effets, micros-contacts, hauts-parleurs, lecteurs CD et K7. En 1987, il créera avec les deux cinéastes Christophe Auger et Xavier Quérel la Cellule d'Intervention Metamkine, une structure à géométrie variable regroupant différents musiciens et cinéastes.

For 4 Ears Records
Fondé en 1990 par le batteur percussionniste et électronicien Günter Müller, le label For 4 Ears met l'accent sur les différentes formes d'improvisation libre, souvent liées à l'électronique. Nous avons sélectionné quelques récentes productions du label, sorte de focus discographique, afin de faire le point sur un label plein de vitalité, une collection qui regroupe les quelques grandes pointures des musiques improvisées et électroniques helvètes et européennes.

Vinko Globokar
Aujourd'hui, où bien des stars des années soixante-dix ont évolué en tournant le dos à leur création d'alors, Vinko Globokar se pose comme un cas à part. Né à Anderny en 1934, il vit de treize à vingt-et-un ans à Ljubljana où il débute comme musicien de jazz. Plus tard, au Conservatoire National de Musique de Paris, il étudie le trombone, la composition et la direction d'orchestre avec René Leibowitz, le contrepoint avec André Hodeir et prolonge ses études avec Luciano Berio. Il réalise alors une grande quantité de pièces pour trombone de Berio, Kagel, Stockhausen, Leibowitz, Andriessen, Takemitzu, Wyttenbach... Il a composé jusqu'à aujourd'hui environ quatre-vingt-dix œuvres de tous genres. Dans l'improvisation libre, on le connaît surtout pour être l'un des redoutables improvisateurs du New Phonic Art créé avec Michel Portal, Jean-Pierre Drouet et Carlos Roqué Alsina en 1969 à Berlin.

Denis Frajerman
Ayant fait ses classes au sein du groupe Palo Alto, Denis Frajerman s'était fait remarquer l'an dernier - et à juste titre - à l'occasion d'un album solo "Les suites Volodine". Délaissant peu à peu sa guitare basse, il s'est orienté vers les bandes magnétiques et le montage pour enregistrer des sonorités fabriquées à l'aide d'une instrumentation artisanale. Il s'est pour l'occasion associé à d'autres musiciens, qui improvisent sur l'ensemble de ses compositions. La sortie du second enregistrement solo : "Fasmes", nous a poussés à le rencontrer et nous avons découvert un artiste d'une importante expérience créatrice et polymorphe.



Numéro 12 : "Guitare Vol.1" (Octobre 1999) Epuisé

Derek Bailey
Né à Sheffield, Derek Bailey a étudié la musique avec C.H.C. Biltcliffe et la guitare avec notamment George Wing et John Duarte. Il se produit en concert dès les années cinquante et s'intéresse à la musique improvisée vers le milieu des années soixante, s'y consacrant uniquement. En tant que soliste ou avec d'autres musiciens associés à l'improvisation libre, il joue dans toutes les principales villes du monde et enregistre plus de quatre-vingt-dix albums. En 1970, il fonde aux côtés de Tony Oxley et Evan Parker le premier label indépendant de Grande-Bretagne dirigé par des musiciens : Incus et met sur pied en 1976, les "Company", ensemble ouvert d'improvisateurs venus de pays et de traditions divers. Suite aux deux passionnants duos avec Joëlle Léandre, le premier soir à la Fondation Cartier et le second aux Instants Chavirés, nous avons eu le plaisir de la rejoindre, sa femme et lui dans l'appartement de Joëlle Léandre, déjà partie vers d'autres aventures sonores. Lors de ce petit déjeuner-interview, nous avons été soumis à son humour très british (un lieu commun, mais une réalité) et sa perspicacité.

Donald Miller
Cordages tendus à plat, Donald Miller tient la guitare dans Borbetomagus, snuff jazz joué jusqu'à l'épuisement dans une dépense totale, rites du don, corps exposés aux masses sonores ascendantes, ultime renversement d'un idiome musical vidé de son sens, de sa soumission au Marché. Donald Miller additionne ses strates métalliques, autant de drones psychédéliques, s'enroulant autour des éruptions explosives des saxes de Don Dietrich et Jim Sauter, dans un feu stellaire. Guitare jouée à plat, bootle-neck frotté sur les cordes, divers objets glissés entre, pour d'autres accidents soniques, la technique de Donald Miller est faite de ces modes obliques, tirés là dans l'improvisation bruitiste depuis le blues du Delta. Lors d'un concert sauvage de Borbetomagus à la Shot Gun Gallery (lieu improbable dans les marges de Strasbourg), Donald Miller reprenait un thème de Charley Patton en open tuning, ranimant l'âme du blues quelques instants, furia suspendue pour reprendre souffle, replongeant aussitôt dans la ferraille, le vacarme musical, l'apoplexie en rivage prochain. Il a sans doute enregistré un des meilleur album d'improvisation pour guitare solo, sur Audible Hiss, avec le ''Evan Dando of Noise ?'' d'Alan Licht, le ''Opposite'' de Taku Sugimoto et quelques autres de Derek Bailey. Donald Miller sorte de metal-freak érudit, exégète de l'œuvre de La Monte Young et de celle moins connu de Sick Dick And The Volkswagens, déconstruit les techniques apprises sur les tablatures, la compréhension étroite d'une part dominante de la musique occidentale, pour imploser notre entendement dans la théorie du chaos.

Eugene Chadbourne
Improvisateur hors normes nourri d'influences be-bop, country et western, l'éminent Dr.Chadbourne est bien l'ex-partenaire de Tom Cora, de John Zorn, des groupes Shockabilly, Violent Femmes et Camper Van Beethoven. C'est aux Instants Chavirés, dans un set amusant au jeu de guitare et de banjo particulièrement étonnant que l'on a pu se rendre réellement compte de son redoutable jeu d'équilibriste et de sa forte présence scénique. Hormis les morceaux originaux de la série "Insect and Western", produits par Leo Records et l'extraordinaire thème intitulé "Madagascar" où Chadbourne joue simultanément de la guitare et du banjo provoquant des maladresses absolument désopilantes, la soirée incluait des musiques de compositeurs aussi divers que Bach, Satie, Merle Haggard, Thelonious Monk et les Doors, avec quelques clins d'œils affectueux à Chuck Berry et Louis Armstrong, jusqu'à ce que Chadbourne abandonne sa guitare pour un jouet d'enfant baptisé "Patrizio", modifié électroniquement et amplifié au seuil de tolérance auditive, qu'il entreprit par la suite de "jouer" à l'aide de fourchettes, de tournevis et tout ce qui se trouvait à portée de sa main : la chaussure de quelqu'un, la bandoulière de la caméra d'un journaliste ainsi que mon propre briquet. Quand je suis arrivé au rendez-vous que j'avais enfin réussi à obtenir avec lui, la veille, il esquissait en m'attendant l'église St Eustache avec beaucoup d'enthousiasme. Ma première question concernait la véritable "star of the show".

Marc Ribot
Né à Newark dans le New Jersey en 1954, Marc Ribot a tout d'abord pris des cours avec le guitariste Frantz Casseus avant de travailler en tant qu'accompagnateur pour Jack McDuff et Wilson Pickett. De 1984 à 1989, il tourna et enregistra principalement pour le groupe de John Lurie : The Lounge Lizards, puis aux côtés de Peter Zummo, Peter Kotik, Elliott Sharp, Anthony Coleman, John Zorn, The Jazz Passengers, Evan Lurie… Son jeu est nourri d'un assemblage dialectique d'éléments de la tradition du blues avec une préoccupation esthétique peu courante que peuvent avoir des musiciens comme Tom Waits ou Elvis Costello. On peut toutefois sentir dans son travail sur le temps, quelque chose de Thelonious Monk, dont le prédécesseur dans l'approche du silence, était Duke Ellington, auquel il rend hommage à plusieurs reprises. En tant que leader, ce sont ces influences de l'extrémité sud de Manhattan qui sont peut-être les plus présentes dans ses compositions, même s'il préfère encore se définir comme musicien soul.

Jean-Marc Montera
C'est au travers du souvenir familial de l'activité guitaristique de son grand-père à l'Estudiantine ajaccienne, en 1920, que Jean-Marc Montera gratte les quelques guitares qui traîne dans sa maison. Autodidacte, il commence à jouer dans des groupes de quartier, pouvant passer sans transition d'une formation de rock variété à une autre de rock plus improvisé. Puis il débarque un jour à Marseille et découvre le guitariste Raymond Boni lors d'un concert avec Barre Philips. Ce sera un véritable détonateur puisque, pour lui, il ne sera plus possible de jouer comme avant et d'avoir les mêmes idées sur la musique. Il va se sentir petit à petit happé par le sentiment d'urgence qu'offrent les musiques improvisées, d'allier le besoin d'ouverture aux exigences de la rigueur. En 1978, avec d'autres, il fonde le Grim à Marseille dans le but de créer un outil de travail permettant de contribuer, dans la région, au développement des musiques regroupées sous le terme générique de "musiques vivantes". Puis vingt années ont défilé…

Thurston Moore
Formé au début des années quatre-vingts, le groupe Sonic Youth (Thurston Moore, Lee Ranaldo, Kim Gordon et Steve Shelley) a depuis lors contribué aux élargissements essentiels du rock américain jusqu'à en devenir une figure emblématique et influente, mais dont chaque nouvel enregistrement confirme surtout la grande singularité. Le guitariste Thurston Moore en est dans le même temps venu, comme Lee Ranaldo, à renforcer son activisme dans le champ de rencontre du free jazz et des musiques improvisées, où il a pu se confronter à Peter Brötzmann, Cecil Taylor ou Milford Graves, sans jamais cesser de se définir comme un musicien de rock qui fréquenterait assidûment les improvisateurs. C'est ainsi, modestement mais sans répit, qu'il est devenu un représentant incontournable de la scène new-yorkaise la plus contemporaine. A l'occasion d'une étape parisienne de Sonic Youth, il a accepté de se pencher le temps d'un blindfold test sur une certaine histoire de la musique libre.

Arto Lindsay
John Zorn a pu entre autres, le citer comme l'un des principaux novateurs à la guitare, avec qui il ait travaillé, au même titre qu'Eugène Chadbourne, Derek Bailey, Marc Ribot ou Robert Quine. Tout comme John Zorn, Lindsay participe à une étonnante diversité d'enregistrements, de John Lurie, Kip Hanrahan, Caetano Veloso, Marisa Monte, Seigen Ono, à Ryuichi Sakamoto. Mais les groupes de Lindsay sont là où se situe, selon moi, la musique la plus intéressante. Lié pour toujours à l'explosion du mouvement "No Wave" new-yorkais, où il fit irruption avec son groupe légendaire : DNA, sensible aux réminiscences d'atmosphères brésiliennes. Malgré tout, la musique de Lindsay reste intriguante, cela explique peut-être, nos diverses rencontres ces dernières années, où nous évoquions le passé et gambergions sur les projets futurs. J'étais particulièrement intéressé par ce qui l'inspirait, ainsi que de la façon dont il conciliait les styles apparemment opposés : la bossa nova, la tradition brésilienne… tout ça avec son jeu de guitare agressif.

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